Cameroun – Aide aux personnes LGBTIQ+ incarcérées

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Les personnes incarcérées en raison de leur orientation sexuelle et identité de genre ont bénéficié d’un soutien juridique, alimentaire et médical. Certaines personnes ont pu sortir de prison grâce à ce soutien.

Partenaire local : Nego Action

Contexte

Au Cameroun, les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont punies par la loi. En conséquence, les personnes LGBTIQ+ sont souvent arrêtées et condamnées de manière arbitraire. De plus, la religion, les coutumes, les traditions et les discours politiques jouent également un rôle important dans ces arrestations, qui sont fréquemment basées sur de simples soupçons ou du chantage, plutôt que sur des preuves concrètes.

Objectifs

Contribuer à la libération de cinq personnes LGBTIQ+ en situation de détention provisoire.

Activités principales

Ces cinq personnes ont reçu une assistance légale de la part d’une avocate sensibilisée aux questions LGBTIQ+. Cette dernière a suivi leurs dossiers et a préparé leur défense lors des différents procès. Les personnes ont aussi reçu une aide alimentaire pour faire face aux terribles conditions d’incarcération, sous la forme d’une livraison par mois comprenant des aliments frais et secs, ainsi que des médicaments de base et des produits d’hygiène.

Résultats

Trois personnes ont pu être libérées. Malgré l’aide reçue, deux femmes ont malheureusement été condamnées pour « crime d’homosexualité » et sont restées incarcérées. Ce projet montre l’urgence de lutter contre des lois injustes qui criminalisent l’homosexualité et légitiment la violence.

Les personnes derrière les projets

Alino, emprisonné en raison de son orientation sexuelle

« En prison, j’ai eu la chance de rencontrer les membres de la communauté LGBTIQ+ qui m’ont beaucoup soutenu. »

Arrêté injustement à cause de son orientation sexuelle, Alino* a vécu un vrai cauchemar en prison. Pourtant, c’est grâce à la solidarité de la communauté LGBTIQ+ et à l’intervention de l’association NEGO-Action, qu’il a pu surmonter cette épreuve et retrouvé sa liberté, tout comme deux autres personnes soutenues par PRISMI et ses membres. Alino nous partage aujourd’hui un témoignage de résilience et de courage. Voici son récit.

Moi c’est Alino*. J’ai 25 ans. Je n’ai pas de profession fixe ; je fais tout ce qui me vient à la main, c’est-à-dire que je fais des petits jobs à gauche et à droite : Je vis seul dans une chambre du quartier de La Place, à Yaoundé. Enfin je vivais…

J’ai été arrêté le 20 décembre dernier. Les voisins ont appelé la police pour venir m’arrêter, car selon eux, j’étais un homme homosexuel. Juste parce qu’ils voyaient mes amis, mes amis garçons, qui venaient régulièrement à la maison passer du temps et s’amuser. Ils ont prétendu avoir entendu des gémissements provenant de ma chambre. La police m’a donc arrêté, sans autre forme de procès.

Mon expérience en prison n’a pas été facile, vu le motif qui m’a mené là-bas. J’étais en proie à toutes les dérives : privation de nourriture, je ne pouvais pas me laver comme les autres, j’étais tout le temps bastonné pour rien. J’ai aussi échappé à beaucoup de tentatives de viol.

En fait, en prison, j’ai eu la chance de rencontrer les membres de la communauté [LGBTIQ+] qui m’ont beaucoup soutenu. Ils m’ont notamment fait connaître l’association NEGO-Action, qui vient de temps en temps en aide aux personnes LGBT qui sont incarcérées en prison, en leur apportant de l’aide alimentaire, et aussi en leur apportant des conseils.

Donc, au-delà de l’aide alimentaire que j’ai bénéficié,l’association m’a envoyé une avocate, qui a peser de tout son poids pour que je puisse trouver la liberté au jour d’aujourd’hui.

Après ma libération, c’était vraiment un ouf de soulagement ! Malgré le traumatisme que je vis toujours. Quand je suis retourné dans ma chambre, je l’ai trouvé vandalisée ; il n’y avait plus rien, on avait tout pris, mes vêtements étaient brûlés… il n’y avait vraiment plus rien.

J’ai été obligé de se squatter chez un ami, où je suis actuellement. Jusqu’à maintenant, je vis en insécurité. Je crains que du jour au lendemain, les voisins peuvent appeler et dire que nous sommes en train de faire des pratiques homosexuelles. Quand je marche dans la rue, je me sens toujours contrôlé, suivi, j’ai l’impression qu’on me regarde. C’est vraiment un climat de peur. Je vis dans un climat de peur, et pense qu’à tout moment, tout peut basculer.

Le message que je veux apporter aux personnes de la communauté qui vivent ou vont vivre une situation similaire, c’est vraiment de ne pas se renfermer sur soi-même. Il faut s’ouvrir aux autres. Quand vous arrivez en prison, essayez de regarder les autres, observer le comportement des autres. Vous allez certainement trouver d’autres gens qui sont comme vous, des membres de la communauté, qui vont vous aider comme ils m’ont aidé. Si j’étais resté dans mon coin, si je ne m’étais pas ouvert aux autres, je n’aurais pas bénéficié de l’aide alimentaire et d’une avocate: c’est grâce aux membres de la communauté que j’ai trouvé en prison, que j’ai pu rencontrer l’association NEGO-Action. Et c’est grâce à cette association qu’au jour d’aujourd’hui, je suis libre !

Je ne peux que les remercier, en particulier son coordonnateur pour cette initiative. Nous vous souhaitons le bonheur de continuer à aider les autres personnes de la communauté qui vivent ce genre de situation. Merci !

* prénom et photo d’emprunt pour respecter son anonymat. Propos recueillis en 2024.

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