Equateur – ProDiversidad

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Entrepreneuriat queer pour 30 personnes LGBTIQ+ Ă©quatoriennes et migrantes. GrĂące Ă  des formations efficaces, un mentorat taillĂ© sur mesure et l’accĂšs Ă  un petit capital, elles ont pu ouvrir leur entreprise, devenir autonome et retrouver un Ă©quilibre.

Partenaire local : DiĂĄlogo Diverso

Contexte

Les personnes LGBTIQ+ en Équateur sont victimes de discriminations liĂ©es Ă  leur orientation sexuelle ou identitĂ© de genre. Les personnes migrantes, notamment originaires du VĂ©nĂ©zuĂ©la, font face Ă  des discriminations multiples liĂ©es Ă  leur statut migratoire et rencontrent de grandes difficultĂ©s Ă  trouver un travail leur permettant une vie digne. VulnĂ©rables, leurs droits sont bafouĂ©s et elles ne parviennent pas Ă  acquĂ©rir des moyens de subsistance durables.

Objectifs

Pour lutter contre leur prĂ©caritĂ©, le projet ProDiversidad vise Ă  favoriser l’autonomisation et l’intĂ©gration sociale et Ă©conomique de personnes LGBTIQ+ migrantes et Ă©quatoriennes. Il soutient 30 entrepreneur·e·x·s LGBTIQ+ Ă  Quito et Cuenca par le renforcement de leurs compĂ©tences entrepreneuriales et de leurs collaborations. La portĂ©e de ce projet est double : d’une part, lutter contre la marginalisation d’une population qui rencontre souvent des difficultĂ©s Ă  trouver un emploi en favorisant l’inclusion sociale et Ă©conomique. D’autre part, en offrant une visibilitĂ© accrue aux personnes LGBTIQ+ en tant qu’actrices du changement, ce projet renforce leur lĂ©gitimitĂ© tant dans le monde des affaires que dans la sociĂ©tĂ©.

Activités principales

Lors de la premiĂšre phase du projet, qui s’est terminĂ©e, trente entreprises de personnes LGBTIQ+ ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©es pour bĂ©nĂ©ficier d’un diagnostic, d’une formation professionnelle et d’un mentorat personnalisĂ©. La formation a abordĂ© les domaines de la comptabilitĂ©, de la finance, de la fiscalitĂ© et du droit du travail. Chaque entreprise a Ă©galement reçu un mentorat personnalisĂ© en finance, communication et marketing.

La deuxiĂšme phase du projet, en cours de rĂ©alisation, vise Ă  consolider le rĂ©seau des entrepreneur·euse·x·s queer. Les objectifs sont aussi de soutenir le dĂ©veloppement de leurs activitĂ©s Ă©conomiques, d’amĂ©liorer leurs compĂ©tences et bien-ĂȘtre psychosocial et d’attirer de nouveaux membres. Les actions incluent un accompagnement technique, des ateliers en compĂ©tences psychosociales, un suivi psychologique individuel, l’encouragement de partenariats public-privĂ©, la crĂ©ation d’espaces de vente sĂ»rs et la mise en place de campagnes de sensibilisation et de promotion.

Les personnes derriĂšre le projet

Siri, entrepreneuse trans* en Equateur


« GrĂące Ă  divers soutiens dont celui de ProDiversidad, notre entreprise a grandi et nous supervisons dĂ©sormais une Ă©quipe de trois artisans et d’un dessinateur Â»

Salut Siri, peux-tu te prĂ©senter et parler de ton entreprise aux ami·e·x·s de PRISMI ?

ÂĄHola ! Je suis une femme trans* vĂ©nĂ©zuĂ©lienne. J’ai Ă©migrĂ© en 2018 avec ma sƓur et ma mĂšre dans l’espoir d’un meilleur avenir. Lorsque la pandĂ©mie s’est invitĂ©e dans nos vies, je n’avais pas de travail et pas d’argent. PassionnĂ©e de bus depuis petite, j’ai rencontrĂ© Juan dans une rencontre de bus miniatures, on s’est bien entendu et on a dĂ©cidĂ© de travailler ensemble. J’ai commencĂ© comme vendeuse et chargĂ©e des relations sur les rĂ©seaux sociaux, puis au fil des mois nous nous sommes associĂ©s. Aujourd’hui, nous construisons des bus miniatures et les vendons. La clientĂšle nous passe des commandes trĂšs spĂ©cifiques et lorsque nous fournissons le produit fini, on voit la nostalgie dans leurs yeux et la reconnaissance, c’est une grande source de motivation.

En quatre ans, grĂące Ă  divers soutiens dont celui de ProDiversidad, notre entreprise a grandi et nous supervisons dĂ©sormais une Ă©quipe de trois artisans et d’un dessinateur.  En une semaine, nous construisons jusqu’à 30 maquettes de bus et nous recevons dĂ©sormais des commandes de l’étranger aussi (Mexique, VĂ©nĂ©zuela, Espagne, Etats-Unis). Nous travaillons beaucoup et c’est difficile, mais notre entreprise est notre seule source de revenus et nous arrivons Ă  nous en sortir. Je pense que le projet ProDiversidad va nous aider Ă  renforcer notre entreprise.

Quelles sont les difficultĂ©s auxquelles tu as Ă©tĂ© confrontĂ©e comme femme trans* immigrĂ©e ?

La discrimination que je subis en tant que VĂ©nĂ©zuelienne est bien prĂ©sente, mĂȘme si elle est latente. Je reçois aussi des remarques transphobes mais je ne laisse rien passer. DiĂĄlogo Diverso m’a accompagnĂ© dans ma transition (accĂšs aux bloqueurs hormonaux p.ex.) et dans les aspects administratifs en lien avec le sĂ©jour. GrĂące aux divers soutiens que j’ai trouvĂ© en Equateur, je peux me projeter ici et je rĂȘve de crĂ©er un jour une compagnie de bus intercitĂ©s inclusive.

Interview réalisée en avril 2024

Les coulisses du projet ProDiversidad en Équateur avec Jorge


« Les personnes du projet d’origine Ă©trangĂšre subissent du racisme, en plus de l’homo- ou transphobie. Le discours politique tend Ă  les pointer comme responsables de l’insĂ©curitĂ© grandissante dans le pays. Â»

ÂĄHola Jorge! Peux-tu dĂ©crire le projet aux ami·e·x·s de PRISMI et dans quelle Ă©tape on se trouve ?

ÂĄHola ! Avec plaisir. La phase 2 du projet a dĂ©marrĂ© en fĂ©vrier, avec un travail de sĂ©lection d’entrepreneur·e·x·s ayant dĂ©jĂ  bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un accompagnement de base pour le lancement de leur entreprise (phase 1) et qui nĂ©cessitent un renforcement institutionnel. Parmi les entreprises qui ont de bonnes chances de se dĂ©velopper, on en invite 40 pour cette phase 2 et on estime que 30 rĂ©pondront prĂ©sentes. Cette phase du projet offre un diagnostic, une formation et un mentorat personnalisĂ©. La formation abordera les domaines de la comptabilitĂ©, des finances, de la fiscalitĂ© et du droit du travail. Elle dĂ©bute dans la deuxiĂšme moitiĂ© d’avril et dure trois mois, Ă  raison de sept heures de cours par semaines.

Une fois ces connaissances approfondies acquises, des entrepreneur·e·x·s LGBTIQ+ de la place offrent un mentorat. Iels partagent leurs conseils et leurs expĂ©riences, on est dans le concret. Le but est notamment que ces petites entreprises amĂ©liorent leur image, en communiquant mieux sur leurs produits via les rĂ©seaux sociaux par exemple.  Enfin, on veut encourager la mise en rĂ©seau des petits commerces LGBTIQ+ en crĂ©ant deux points de vente, un Ă  Quito et un Ă  Cuenca, l’idĂ©e Ă©tant que chacun·e·x se fournisse au sein du rĂ©seau et qu’on accĂ©lĂšre ainsi l’atteinte de l’objectif, qui est l’autonomie financiĂšre.

Qui sont les bĂ©nĂ©ficiaires du projet ?

On compte environ un tiers de personnes Ă©quatoriennes et le reste sont des personnes issues de la migration. En moyenne, les personnes ont entre 30 et 45 ans et on atteint presque la paritĂ©. Elles ont dĂ©veloppĂ© un business, par exemple dans le maquillage, les impressions digitales, l’organisation d’évĂ©nements, la coiffure, la lingerie ou la vente de jeux. Le profil typique des personnes Ă©quatoriennes ? La plupart vivent avec moins que le salaire minimum. Elles peuvent avoir subi un fort rejet familial en raison de leur orientation sexuelle ou identitĂ© de genre. Victimes de discriminations, plusieurs d’entre elles ont une basse estime d’elles-mĂȘmes, ressentent un stress chronique et sont parfois dĂ©pressives. En consĂ©quence, elles ont de la difficultĂ© Ă  s’insĂ©rer professionnellement.

Les personnes du projet d’origine Ă©trangĂšre ont Ă©migrĂ© du Venezuela et dans une moindre mesure de Colombie. Elles subissent du racisme, en plus de l’homo- ou transphobie. Le discours politique tend Ă  les pointer comme responsables de l’insĂ©curitĂ© grandissante dans le pays. Beaucoup de commerçant·e·x·s originaires du Venezuela ont essentiellement des client·e·x·s compatriotes, le but est de faire tomber cette barriĂšre xĂ©nophobe et que les Equatorien·ne·x·s se fournissent aussi chez elleux.

Et si nous terminions cet entretien sur une note positive ?

ÂĄClaro ! Je peux partager le nombre de personnes qui ont bĂ©nĂ©ficiĂ© du projet ProDiversidad: si on ne compte que les bĂ©nĂ©ficiaires direct·e·x·s, c’est prĂšs de 160 personnes qu’on a accompagnĂ©es vers l’autonomie financiĂšre depuis 2021. Si on y ajoute les proches des entrepreneur·e·x·s, on atteint plus de 630 personnes qui ont amĂ©liorĂ© leurs moyens de subsistance et, par effet de ricochet, leur rĂ©silience.

Interview réalisée en avril 2024

Interview de Carolina, entrepreneuse queer en Équateur


« Il y aura toujours des peurs mais ce qui compte c’est d’essayer Â»

Pendant un an, le projet ProDiversidad a accompagnĂ© 30 entrepreneur·e·s LGBTIQ+, migrantes et Ă©quatorien·ne·s Ă  Quito et Cuenca. GrĂące Ă  une sĂ©rie de formations pratiques et un mentorat personnalisĂ©, chaque participant·e a pu renforcer ses compĂ©tences et dĂ©velopper son activitĂ© dans des secteurs aussi variĂ©s que la restauration, l’évĂ©nementiel, les soins personnels, l’artisanat ou encore les services. Rencontre avec Carolina Almeida, qui a lancĂ© le commerce Las Lasañas de Caro.

De quelle maniÚre le projet a-t-il bénéficié à ton entreprise ?

Le projet ProDiversidad nous a vraiment permis d’avancer en tant qu’entrepreneurs dans la communautĂ© LGBTIQ+. Ça a Ă©tĂ© une opportunitĂ© pour nous de grandir, d’apprendre depuis zĂ©ro et d’acquĂ©rir des outils pour nos projets.

Que penses-tu des cours offerts par le projet avec la Chambre de commerce de Quito? Qu’est-ce que tu as le plus aimĂ© ?

Les cours ont beaucoup de valeur pour chacun·e de nous. Ils nous ont permis de dĂ©couvrir de nouveaux outils. Ce que j’ai aimĂ©, c’est qu’ils sont donnĂ©s par diffĂ©rents professionnels, et qu’on a abordĂ© des thĂšmes complĂštement nouveaux pour nous, qui nous ont permis de continuer Ă  grandir et Ă  les appliquer dans nos projets.

Quels ont Ă©tĂ© les plus grands dĂ©fis que tu as rencontrĂ©s en tant qu’entrepreneuse LGBTIQ+, et comment les as-tu surmontĂ©s ?

Je pense qu’au dĂ©but, le plus dur c’était de se lancer, puis de se faire connaĂźtre. Ensuite, il y a eu la question des gens
 Je ne sais pas si on peut parler d’acceptation, mais disons que c’est important que les gens nous connaissent un peu, et pour affronter ça, j’ai simplement choisi de proposer un excellent produit Ă  mes client·e·s.

Quel conseil donnerais-tu Ă  d’autres entrepreneur·e·s LGBTIQ+ qui lancent leur activitĂ© ?

Qu’ils osent. C’est important de faire le premier pas. Ensuite, il faut apprendre, acquĂ©rir des outils pour son projet. Il ne faut pas attendre trop longtemps : si on a dĂ©jĂ  l’idĂ©e en tĂȘte, il faut y aller. Et puis s’entourer d’autres entrepreneur·e·s, car il y a des gens avec beaucoup plus d’expĂ©rience, avec des projets qui existent depuis 10, 20 ans, et ça nous aide aussi beaucoup.

Comment vois-tu l’avenir de ton entreprise et quels sont tes objectifs ?

Je vois Les Lasagnes de Caro comme l’une des meilleures marques du pays. J’aimerais arriver sur des plateformes comme PedidosYa ou Uber Eats, donc on travaille beaucoup là-dessus. Je vois vraiment Les Lasagnes de Caro comme une des meilleures du pays.

Quel message final aimerais-tu partager avec d’autres entrepreneur·e·s qui veulent se lancer et faire grandir leurs projets ?

Que les rĂȘves peuvent devenir rĂ©alitĂ©, mais il faut se battre. Il faut s’entourer de gens qui vous Ă©lĂšvent, qui vous aident, qui vous soutiennent. Toujours chercher Ă  avoir de l’information utile, c’est trĂšs important. Et puis il faut prendre des risques, parce que celui qui ne risque rien ne gagne rien. Il y aura toujours des peurs, mais ce qui compte, c’est d’essayer.

Propos recueillis en mars 2025

Les activités de Nicolas, entrepreneur queer en Equateur


« Le projet ProDiversidad nous a beaucoup aidĂ©s, vraiment. Oui, il nous a servi, il nous a permis d’aller plus loin que jamais. Â»

Pendant un an, le projet ProDiversidad a accompagnĂ© 30 entrepreneur·e·s LGBTIQ+, migrantes et Ă©quatorien·ne·s Ă  Quito et Cuenca. GrĂące Ă  une sĂ©rie de formations pratiques et un mentorat personnalisĂ©, chaque participant·e a pu renforcer ses compĂ©tences et dĂ©velopper son activitĂ© dans des secteurs aussi variĂ©s que la restauration, l’évĂ©nementiel, les soins personnels, l’artisanat ou encore les services.

De quelle maniÚre le projet a-t-il bénéficié à ton entreprise ?

Bonjour, je m’appelle NicolĂĄs JimĂ©nez et mon salon de coiffure est NJ Beauty Studio. Nous faisons des traitements de couleur et de lissage.

Le projet ProDiversidad nous a beaucoup aidĂ©s, vraiment. Oui, il nous a servi, il nous a permis d’aller plus loin que jamais. On a connu des moments difficiles, des pĂ©riodes de baisse, mais le projet nous a soutenus pendant ces moments-lĂ .

Que penses-tu des cours proposĂ©s par le projet ? Qu’est-ce que tu as le plus aimĂ© ?

Les cours sont super intĂ©ressants. Ils m’ont vraiment aidĂ© Ă  Ă©largir mes connaissances dans le domaine de l’entrepreunariat.

Quels ont été les plus grands défis que tu as rencontrés ?

Mon plus grand dĂ©fi, c’est d’ĂȘtre migrant, d’ĂȘtre VĂ©nĂ©zuĂ©lien et gay. Je suis en Équateur depuis 7 ans maintenant, et je pense que ça a vraiment Ă©tĂ© l’un des plus gros dĂ©fis. Mais bon, aujourd’hui tout va mieux.

Quel conseil donnerais-tu Ă  d’autres entrepreneur·e·s ?

De ne pas abandonner. Et que si on a un soutien, il faut en profiter au maximum.

Comment vois-tu l’avenir de ton entreprise et quels sont tes objectifs ?

Je vois une entreprise trĂšs grande, peut-ĂȘtre avec des succursales. C’est un projet vraiment ambitieux. Et j’aimerais pouvoir aider des gens qui ont besoin de travailler.

Quel message aimerais-tu partager avec d’autres entrepreneur·e·s qui cherchent Ă  avancer ?

Mon message, c’est : continuez, ne lñchez pas. Profitez du soutien qui est offert à tout le monde, et grandissez.

Propos recueillis en mars 2025

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